Iles Spratleys
Unseenlabs révèle des activités dissimulées en mer : cas d’un navire des garde-côtes chinois dans la zone
Marchés
Gouvernements, Intelligence économique, Pêche
Localisation
Mer des Philippines occidentales
Date
30 Sep 2025
Le renseignement RF apporte de la clarté dans les espaces maritimes disputés, et révèle la présence de navires chinois.
En mer des Philippines occidentales, composée de la partie de la mer de Chine méridionale adjacente aux Philippines et de la zone économique exclusive des Philippines, les garde-côtes chinois et les milices maritimes maintiennent une présence constante autour des zones disputées proches des îles Spratleys et du récif de Scarborough. Le trafic marchand croise celui de la pêche industrielle et artisanale, tandis que patrouilles navales et forces de l’ordre évoluent à très faible distance les unes des autres.
Dans cet environnement saturé, les signaux coopératifs se révèlent souvent irréguliers et la visibilité est largement façonnée par des tactiques de zone grise plutôt que par une véritable transparence.
Pour réduire cette incertitude, Unseenlabs a observé deux fois la même zone d’intérêt, à plusieurs mois d’intervalle, en utilisant les mêmes méthodes radiofréquence (RF) depuis l’espace. Cela a permis de produire des vues comparables dans le temps et de distinguer les mouvements de routine des comportements dignes d’intérêt.
Durant cette période, nous avons également suivi un navire connu des garde-côtes chinois opérant à proximité des îles Spratleys. Lorsque son AIS s’est interrompu, notre technologie RF depuis l’espace a pris le relais et assuré un suivi continu du navire.
Pourquoi cette mer est si sensible…
La mer des Philippines occidentales fait partie de la mer de Chine méridionale, un espace semi-fermé bordé par la République populaire de Chine, Taïwan, les Philippines, la Malaisie, Brunei, l’Indonésie et le Vietnam. Son importance est considérable. Un tiers du commerce maritime mondial transite par ces eaux, tandis que la pêche et les récifs coralliens font vivre des millions de personnes. Pourtant, cette mer est fragilisée par des revendications de souveraineté concurrentes, par des rivalités stratégiques et par la dégradation progressive de ses écosystèmes marins. Même son nom reflète ces différends : mer de Chine méridionale, mer des Philippines occidentales, mer de l’Est ou mer de Natuna septentrionale, autant d’appellations utilisées par différents États pour affirmer leur récit de souveraineté et de contrôle.
La République populaire de Chine (RPC) fonde sa revendication étendue sur la « ligne en neuf traits », qui empiète largement sur les zones économiques exclusives de ses voisins. Malgré la décision rendue en 2016 par la Cour permanente d’arbitrage, qui a jugé ces revendications incompatibles avec le droit international, Pékin a accéléré sa consolidation de puissance en mer. Des îles artificielles ont été construites sur les récifs Mischief, Fiery Cross et Subi, désormais équipées d’aérodromes, de radars, de systèmes de missiles et d’avions de combat. Cette militarisation a modifié l’équilibre des forces dans la région et donné à la RPC des positions fixes lui permettant de projeter son autorité au cœur même des eaux disputées.
En mer, la RPC déploie ses garde-côtes et sa milice maritime comme instruments d’application de la loi et d’affirmation de souveraineté. Leurs méthodes incluent l’encerclement de navires étrangers, l’usage de canons à eau ou les abordages délibérés ; des actions destinées à dissuader les rivaux sans basculer dans un conflit ouvert. Ces tactiques de « zone grise » exploitent l’ambiguïté, exerçant une pression constante sans déclencher de réponse militaire formelle. Pour les Philippines, dont la zone économique exclusive se trouve au cœur de ces tensions, l’enjeu est urgent : protéger sa souveraineté et les moyens de subsistance de sa population sans être entraînées dans une escalade des tensions.
Les enjeux dépassent largement Manille. L’alliance entre les États-Unis et les Philippines a été revitalisée grâce à l’Accord de coopération renforcée en matière de défense, qui a élargi l’accès des forces américaines aux bases philippines. Les déploiements américains incluent désormais des systèmes comme les missiles Tomahawk et Typhon, signalant l’intention de Washington de dissuader Pékin et de rassurer ses alliés régionaux. En parallèle, les dépenses de défense augmentent dans tout l’Indopacifique, avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie qui étendent leurs capacités militaires.
Certains analystes mettent en garde contre le risque que les Philippines ne deviennent « l’Ukraine de l’Asie »[1] : un État de première ligne où la contestation de la souveraineté d’une puissance plus petite pourrait dégénérer en une confrontation plus large entre grandes puissances. Même si ce scénario n’est pas inéluctable, le risque de mauvaise appréciation est bien réel. Une escalade menacerait non seulement la sécurité maritime, mais pourrait aussi provoquer des crises humanitaires, des déplacements de populations et de graves perturbations des routes commerciales mondiales.
Dans cet environnement contesté et instable, une visibilité indépendante sur le trafic maritime n’est plus une option mais une nécessité. Elle constitue le socle de la résilience, de la dissuasion et de la prise de décision éclairée en mer.